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Des abricots dans les vignes

Texte par Erwan Desplanques

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Des abricots dans les vignes

Plus d’un millier d’arbres plantés dans les parcelles de Château Palmer.

Des abricots dans les vignes

Des pruniers ou des abricotiers au milieu des vignes ? Un plaisir pour la vue, le palais, mais aussi une opportunité viticole dans laquelle s’est engagée toute l’équipe de Château Palmer où plus d’un millier d’arbres ont été plantés depuis 2016.

Les célèbres marronniers centenaires qui paradent devant le château ne sont plus seuls à contempler la vigne : en moins de trois ans, plus d’un millier d’arbres ont été plantés au milieu des parcelles de Palmer, à raison d’une quinzaine de plants par hectare, métamorphosant le domaine en un vaste « jardin mandala » où les cerises cousinent avec le raisin et les abricots fraient avec les ceps !

À l’origine de cet élan arboricole, Sabrina Pernet répète que la vigne est une plante sociable et l’arbre « un allié plutôt qu’un concurrent ». La directrice technique de Château Palmer rappelle que « les châteaux bordelais possédaient autrefois des pâturages et pratiquaient une polyculture qui leur permettait de protéger le vignoble contre certaines maladies ». On sait que les arbres favorisent la biodiversité. « Ils transforment la terre en lieu d’échanges, de solidarités, d’interactions fructueuses à travers les racines, les champignons, la rhizosphère », précise-t-elle, convaincue par sa visite de la ferme biologique et expérimentale du Bec Hellouin, dans l’Eure, et ses conversations avec le botaniste Gilles Clément.

« Les arbres transforment la terre en lieu d’échanges et de solidarités »
Sabrina Pernet — directrice technique, Château Palmer

Bien entendu, il ne s’agit pas pour Château Palmer de faire pousser une forêt ni de reconstituer un jardin d’éden pour la seule beauté du geste, mais de renforcer les synergies souterraines et la complexité du paysage nourricier. Récentes et encore peu nombreuses, les recherches en agroforesterie tendent à confirmer l’utilité de ces complantations : les haies et les arbres structurent et régénèrent les sols, piègent le carbone, accompagnent la résilience de la vigne, régulent le climat en estompant les pics de chaleur, en drainant l’eau et en limitant le ruissellement après les fortes pluies. Ils créent aussi une niche écologique, un abri pour les oiseaux, les chauves-souris, les insectes, autant de compagnons qui prennent soin de la vigne.

Les arbres réveillent et stimulent le vivant, à condition d’être disséminés avec science et doigté. Il convient, comme on dit en agroécologie, de « maîtriser les compétitions » : éviter que les racines profondes ne pompent l’eau nécessaire à la vigne ou que la canopée ne prive le merlot de lumière. L’exercice demande un savant ajustement — le juste espace, la bonne espèce. « Nous avons planté des haies mellifères, des plantes endémiques que nous trouvions ici autrefois, comme le prunelier, le noisetier, indique Vincent Le Fahler, jardinier de Château Palmer. Et beaucoup d’arbres fruitiers, selon la nature du terroir : des pommiers sur les sols argileux, davantage de cerisiers ou d’abricotiers sur les terres sableuses ».

« Nous avons planté des espèces endémiques qui poussaient ici autrefois »
Vincent Le Fahler — chef jardinier, Château Palmer

Le projet agroforestier de Palmer est lancé fin 2016, avec la plantation des cent premiers fruitiers et de plus d’un kilomètre de haies aux essences variées : noisetiers, lauriers, charmes, églantiers. Il se poursuit les années suivantes avec l'aménagement de corridors écologiques, de vergers expérimentaux, de haies sèches aux abords des parcelles et une campagne de plantation menée tambour battant. « En tout, nous avons planté 450 arbres en 2020, 710 en 2021 — en seulement trois jours ! — puis de nouveau 110 arbres en 2022 », raconte Vincent, fier de ce travail titanesque. Les « scions », jeunes arbres de moins de trois ans, ont été répartis de manière irrégulière pour briser la symétrie des vignes et dessiner une forme de vrille perceptible depuis le ciel.

La diversité des espèces est un poème en soi : pommiers Reinette de Bayeux, cerisiers Napoléon, poiriers Williams, mirabelliers de Nancy, abricotiers Bergeron… En 2023, l’équipe a célébré les premières récoltes de poires du Cassena et goûté une prometteuse poignée de cerises estampillées Palmer. D’autres suivront, destinées à la table du château et à la future cantine vigneronne, reflets de la démarche holistique défendue par Thomas Duroux et Sabrina Pernet : ces arbres cumulent qualité ornementale, utilité alimentaire et vertus thérapeutiques pour le sol et la vigne — Le saule a une fonction préventive contre les maladies cryptogamiques, l’écorce de chêne aide à lutter contre le mildiou. Il n’est pas rare de croiser les chefs longer les plaqueminiers ou les amélanchiers pour inventer le repas du midi !


Avec les haies vives, les couverts végétaux ou le potager, les arbres participent à l’autonomie, renaturent les lieux, sèment une graine dans les paysages de Margaux et dessinent l’harmonieux décor des vignes de demain.

Texte par Erwan Desplanques. Photographie par Anne-Claire Héraud