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Palmer & vous

Carole Meredith

Professeur émérite de l’Université de Californie et vigneronne
Napa Valley, Calilfornie
Elle a révélé au monde les origines des principaux cépages. Pendant près de 23 ans, à Davis, cette chercheuse américaine a prouvé scientifiquement la parentalité du cabernet sauvignon, de la syrah, du chardonnay…

Aujourd’hui, elle et son mari conduisent de concert leur domaine viticole de la Nappa Valley, Lagier Meredith, de manière traditionnelle et responsable. Un parcours entre sciences et empirisme…

Comment venez-vous venue à la génétique ?

Enfant, les plantes me passionnent. Je passe un diplôme universitaire en biologie. Sans plan de carrière spécifique, je commence à travailler pour un pépiniériste. L’extrême diversité des fleurs, comme les pétunias ou les soucis, me fascine. Je décide donc de suivre un master me permettant de devenir semencier. Au bout de quelques semaines d’études, je réalise que la génétique me convient davantage. J’étudie d’abord celle des tomates, du maïs, du coton, des germes de soja, puis des cépages…

Comment recherche-t-on l’origine d’un cépage ?

En premier lieu, il convient d’identifier ses parents. Dans cette quête, les chercheurs peuvent s’appuyer sur les progrès de la génétique moderne et, en particulier, les marqueurs d’ADN. En 1997, ils nous permettent d’attester que le cabernet sauvignon est issu du cabernet franc et du sauvignon blanc. De fait, ce cépage est forcément né dans une zone géographique réunissant ses deux parents, en même temps : le Sud-Ouest de la France. De la même façon, l’apparition du cabernet sauvignon est nécessairement postérieure à celle de son « père » et de sa « mère ».

Pourquoi vous reconvertir en vigneronne ?

Aucune préméditation dans ce choix. En 1986, les obligations professionnelles de mon mari nous obligent à déménager dans la Napa Valley. Nous faisons alors l’acquisition d’un terrain en appellation Mount Veeder, jouissant d’une vue fantastique et d’une petite maison. Mais pas un pied de vigne. Pour notre consommation personnelle, nous décidons de planter de la syrah. Notre premier millésime date de 1998. Il connaît un succès certain auprès des nôtres. Au point de nous inciter à nous lancer dans la commercialisation de nos vins et, dès lors, de quitter nos postes respectifs.

«Adeptes de pratiques très traditionnelles, nous ne recourons à aucune technologie. De même, nous privilégions une conduite raisonnée de nos vignes.»

Carole Meredith, Professeur de l’Université de Californie et vigneronne, Napa Valley, Californie

Vos recherches vous aident-elles dans la conduite de votre domaine ?

Pas vraiment. Si elles nous permettent de mieux comprendre ce qu’il se passe dans les sols et au chai, elles n’interviennent pas dans la viticulture. Adeptes de pratiques très traditionnelles, nous ne recourons à aucune technologie. De même, nous privilégions une conduite raisonnée de nos vignes. Donc pas d’herbicides par exemple. En fait, l’observation de la nature et l’expérience accumulée nous guident au quotidien pour réaliser nous-mêmes l’ensemble des tâches nécessaires. Nous souhaitons garder la main sur nos vignes. Cela nous oblige à en limiter le développement. Une grande partie de la propriété reste ainsi plantée de forêts de séquoias et de chênes. Être entourés d’une nature foisonnante nous plaît.
 

Un peu comme chez Château Palmer…

J’ai pu apprécier à différentes occasions les vins de Château Palmer. À chaque fois, le simple fait de les déguster me donne à visualiser les contours de ce domaine de Margaux : un terroir bien différent du nôtre à vrai dire…